Gazette
Cheminement rue de Paris avant la rénovation
Du n° 1 à la rue Gabriel Bertin
par le groupe enseignement
1 - Côté impair
Souvenirs d'enfance, quand Charles TRENET nous faisait rêver en chantant << Nationale 7>> , nous irréductibles franconvillois allons vous narrer la vie de notre Nationale " La 14", que nous avons connue avant la rénovation dans les années 1940 jusqu'en 1965.
Cette route qui reliait Paris à Pontoise, via saint Denis était "notre canebière", la rue Paris de Sannois à Montigny !
A l'entrée de Franconville, côté Sannois, il y avait bien une maison bleue, un hôtel restaurant et la maison rouge, une auberge. Notre pérégrination débute au n°1, un pavillon juste avant le restaurant "La Maison Bleue", dont le patron, pêcheur de truites amateur, se permettait d'améliorer à moindre frais la carte du jour, au grand plaisir des clients, puis le garage DUC, Henri et les deux frères Georges et Raymond dit "Zizi", ce dernier étant marié avec une fille HAZENAKER.
A l’angle de Ia rue du Chemin neuf, qui menait au lieu dit "La Fondée", où se situe le cimetière, habitait Monsieur Michou MICHEL dont le père se nommait tout simplement Michel MICHEL, marchand de légumes secs sur les marchés.
Nous traversons, et voici "L’Auberge de la Maison Rouge", ancien relais de poste. Sûrement le café le plus fréquenté par les Franconvillois. Située à L’entrée du pays, c'était aussi le relais terminus des enterrements, où après avoir fait leurs adieux aux défunts, ils noyaient leur chagrin en évoquant des souvenirs plus joyeux qui les faisaient revivre.
Après quelques arpents de terrain, Ie charcutier MARCILLOU, la verrière du fleuriste Monsieur ROCHARD le marchand de pommes de terre Monsieur VANDERBIEST, grand bonhomme, belge d'origine, qui aurait amené la culture de la Roseval à Franconville (pomme de terre de couleur rose à la chair ferme). Plus tard, remplacé par une verrière, le fleuriste M. ROCHARD.
Le joli pavillon de Monsieur PERDRIAUX, fabricant de petites pièces mécaniques.
Nous arrivons à l'entrée de la "Grand Cour" où le père COMPAGNON vendait des pièces détachées pour nos vélos et faisait des miracles sur nos vieilles mobylettes et solex.
En passant sous la voûte, par un petit chemin, nous allions chercher de l'eau à la fontaine BERTIN.
Ensuite, nous trouvons une grande allée bordée d'arbres menait à Ia maison BLANCHET.
Nous voici devant le presbytère et s'ouvre devant nous la place de l'église Sainte Madeleine où beaucoup d'entre nous ont été baptisés ! Que de souvenirs !!!
Vient ensuite l’ancienne mairie-école, le café "Les 3 Cigognes", la famille ROBIN ayant succédé à Monsieur LAURENT. Et soudain... une forte odeur de corne brûlée, rythmée par le bruit du marteau sur l’enclume I
Nous sommes chez René DESGENNETAIS le dernier forgeron maréchal ferrant.
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| L'ancienne Mairie-École | Le forgeron | le café "Les 3 Cigognes" |
Puis Ia boucherie MANGES reprise par Monsieur AVEZARD, quelques maisons, une cour et une épicerie salaisons de Bretagne, nous sommes à l’angle de la rue Gabriel Bertin.
2 - Côté pair
Revenons à l’entrée du pays venant de Sannois.
Nous traversons la rue du Saut du Loup. Nous longeons le grand mur de la "Maison Suger", fondation ou institution d'enseignement secondaire réservée aux garçons, que nous voyions déambuler le jeudi en tenue bleu marine "et boutons dorés", pour leur promenade hebdomadaire.
Avant d'arriver de nouveau place de l'église, nous passons devant un petit immeuble formant un angle débouchant sur la rue d'Ermont.
Vient ensuite un ensemble de maisons parmi les plus anciennes constructions où résidaient les familles les plus modestes de Franconville.
Nous poursuivons notre chemin et nous arrivons devant le garage de Monsieur LONG, enseigne "AVIA", autrefois entreprise de Maçonnerie CORBEAU, puis la graineterie MAILLARD, successeur de la maison JOLIVET parti rue de la station.
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Suit GOHIER plombier, un grand porche avec un chemin menant à des jardins, ensuite L’entreprise CASSOLY électricité.
A L’angle de la rue de la Station, d'abord l'épicerie DAMOY à l'enseigne "Aux Trois Bambins", tenue par la famille FRANOT, puis dans les années 1950 jusqu'à la rénovation, par Monsieur Roger MELINE où nous amenions les bouteilles en verre consignées.
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Notre prochaine étape, nous conduira au delà des rues Gabriel Bertin et de la Station.
Cheminement rue de Paris avant la rénovation 2
de la rue Gabriel Bertin, là où nous nous étions arrêtés lors de la 1ʳᵉ étape
par le groupe enseignement
1 – Côté impair
À l'angle de la rue Gabriel BERTIN le café « Chez l'ami François », tenu par François et sa sœur. François qui était cul-de-jatte était très agilesur son tabouret derrière le comptoir pour servir ses clients et même pour se déplacer.
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- Monsieur TRICOT, fumiste de métier, ne tricotait pas, mais ramonait nos cheminées après nous avoir vendu ses poêles à bois et à charbon,
Nous passons devant la ruelle Gabriel BERTIN où officiait le cordonnier Maurice BLERIOT qui après la rénovation s'installera sous les arcades.
Ensuite, nous retrouvons les commerces suivants :
- Les caves PAQUET, épicerie fine, vins et spiritueux,
- Le boucher Monsieur LETAILLEUR, successeur de Monsieur Simon HUCHET, son sempiternel mégot de Gitane maïs au coin des lèvres, nous servait ses meilleurs morceaux de viande. Son épouse Madame LETAILLEUR toujours pimpante et souriante trônait derrière sa caisse,
- « Aux Cours des Halles » tenu par Monsieur GALPIN,
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Vient ensuite une cour dans laquelle se trouvait Monsieur BRICHET, matelassier qui refaisait nos matelas chez lui ou bien à notre domicile.Nous trouvons ensuite :- Un magasin de cycles et motos, Monsieur Henri DARCEL, concessionnaire Alcion, VAP, Motobécane, successeur de Monsieur AMEDURY depuis les années 1958/1959,
- Le fleuriste « L'Art Floral », Monsieur et Madame DUBOIS

- Un bazar, quincaillerie, Madame LAVOINE, successeur de Monsieur LUCAS, véritable caverne d'Ali Baba où les enfants s'extasiaient devant la vitrine, boutique reprise ensuite par Madame Ginette COURTOIS née JOLIVET,

- La parfumerie-herboristerie de Madame GRARE chez qui nous pouvions aussi déposer nos pellicules photos pour développement,

- La charcuterie de Monsieur LACOT, dont les devantures durant les fêtes nous faisaient saliver, avec notamment les galantines de faisan reconstitué, reprise par Monsieur LERIDON,
- Épicerie «MAGGI», tenue par Madame HUE puis Monsieur et Madame LASNE,
- La boucherie chevaline de Monsieur et Madame GUILLOU, successeur de Monsieur DUCROT qui aurait participé au célèbre jeu « Quitte ou Double », animé par Zappy Max au sein du célèbre cirque MEDRANO, installé pour une soirée place de l'ancienne poste.
- Le petit local du Parti Communiste où se vendait « L'Humanité ».
- Puis le grand établissement de DESMARET TRANSPORT, qui semait la panique dans la circulation, sous le regard des petits vieux assis sur des chaises, qui s'amusaient de voir les camions manœuvrer,

- Ensuite le café HUBERT où des habitués venaient « taper la belote », le dimanche après-midi,

Et l'épicerie des « COMPTOIRS FRANÇAIS », où l'on allait chercher les pains de glace pour mettre nos aliments aux frais dans les glacières !!!
| Avant de reprendre notre chemin, petite pause à la fontaine du Puits de la Barre pour nous rafraîchir ! | ![]() |
Cheminement rue de Paris avant la rénovation 3
par le groupe enseignement
Après nous être rafraîchis à la fontaine du Puits de la Barre, nous remontons à I'angle de la rue de Paris et de la Station.
Commençons par un arrêt gourmand, I'odeur des croissants chauds titille nos papilles, c'est la pâtisserie MILLAIR où, le dimanche, en sortant de la messe, les paroissiens se laissaient tenter par le pêché de gourmandise !
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Puis, nous passons devant une boutique à I'enseigne poétique "A I'Arc en Ciel", spécialisée en fournitures pour peintres, tenue par Monsieur GABET successeur de Monsieur Jean PUJOL, |
Ensuite une boutique d'articles de mode et de confection pour Femmes et Hommes, où nous sommes toujours accueillis par Madame et Monsieur NEDELEC jamais avares de bons conseils,
Viennent ensuite les commerces suivants :
. Le Primistère,
. La laverie de Monsieur et Madame AUGENDRE dont le frère Jacques AUGENDRE demeurant lui aussi à Franconville était journaliste sportif au journal "L EQUIPE",
| . Le charbonnier Monsieur MAYNE, exploitation reprise par Monsieur et Madame SALVAGE qui, suite à la rénovation, s'installeront rue du Plessis-Bouchard, | ![]() |
. Pour la permanente et la mise en plis, rendez-vous chez "ART et COIFFURE" où Monsieur et Madame QUERLIER nous feront une beauté, Monsieur QUERLIER que nous appelions (pompeusement) Monsieur BERNARD.
. La quincaillerie DESHAYE, successeur de Monsieur GENDRE. Au moment des fêtes de Noël, Monsieur DESHAYE prenait un véritable plaisir à décorer avec soin la grande vitrine avec entre autres un train électrique qui faisait rêver les petits garçons,
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. Le bureau de tabac GARCIEL, anciennement ZACON, qui fournissait les fumeurs en tabac gris, papier à rouler, différentes marques de cigarettes dont le paquet de P4 qui n'en contenait que 4. Dans la salle, il y avait un baby-foot où les jeunes se défoulaient en engageant des matchs endiablés. |
Puis :
Une riche vitrine avec un slogan nous interpelle " Bijoux Murat, l'éclat c'est moi ! ", Monsieur ZOCCHI nous accueille dans sa bijouterie, sa petite loupe coincée sur un œil et arrêtant son travail de réparation pour répondre à notre demande et nous aider à choisir les bijoux marquant les événements de notre vie (baptême, communion, fiançailles, mariage, etc...)
La boulangerie du grand Monsieur FOURNEAU (nom de famille prédestiné) son pain, ses pâtisseries et ses bonbons, ses petits chewing-gums carrés gagnants ou perdants, roudoudou et bien d'autres encore... et Madame, toujours élégante, servant à la boutique avec, si nos souvenirs sont bons, une vendeuse.
| La grande épicerie fine BERNARD avec ses étalages toujours bien garnis, son rayon de vins renommés et ses épices exotiques. |
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La crémerie FOINEAU avec son choix de fromages, ses œufs frais, le bon beurre et la crème fraîche vendue à la louche, enfin rien que des odeurs qui fleurent bon notre enfance,
. Le salon de Monsieur TRIMOREAU où, après une coupe, mise en plis, permanente, etc... (pas de brushing à l'époque), ces dames ressortaient joliment coiffées.
Nous passons devant le porche de la cour où habitait un des anciens Maires, Monsieur Ferdinand GROSDEMANGE (1945 à 1955), dernier bourrelier de Franconville, et entrons dans la boulangerie de Madame DUBOIS toujours souriante. À sa retraite, elle sera remplacée par Monsieur et Madame MORICE qui s'installeront sous les arcades après la rénovation.
L'étude de maître LABOUR, détenteur de beaucoup de secrets de famille. Suite à la rénovation, il s'installera Boulevard Maurice Berteaux et deviendra l'étude des maîtres Bocquillet, puis Lavedan. Plus tard, l'étude déménagera place de la République où elle se situe actuellement.
Cheminement rue de Paris avant la rénovation 4
de la rue Gabriel Bertin, là où nous nous étions arrêtés lors de la 1ʳᵉ étape
par le groupe enseignement
Puis, l'épicerie EGE tenue par Mme et Mr Rousseau. Ils s'installeront aussi sous les arcades après la rénovation. ils assuraient un service de livraison à domicile.
L'auberge du cheval rouge, ancien relais de poste, auberge et hôtel dont la grande salle devint le premier cinéma de Franconville. Mr Pierre Dezert en assurait la projection. Nous pouvions y écouter les actualités et repartir en douce, ce que faisaient certains voisins; L'un d'entre eux, spectateur assidu venait même en pantoufles !
Puis, venait une petite échoppe qui abritait un petit génie du bricolage, un réparateur de vélos.
Les bennes François, à l'emplacement d'un ancien château.
Plus loin, nous retrouvons la famille Desgennetais, le charron Honoré et sa femme Paulette. C'est un des frères de René le forgeron, maréchal ferrant. Un cadran solaire ornait la façade de la forge. Nous traversons la rue des Onze Arpents, vient ensuite l'entreprise de mécanique générale Pujol qui fabriquait notamment des pièces pour Fenwick.
Puis, le garage Quincy concessionnaire Simca.
A côté, l'hôtel restaurant chez Chambenois où les cultivateurs fêtaient traditionnellement, lors de leur banquet annuel, la saint Vincent, patron des vignerons.
Sous la mandature du docteur Blondé médecin, le dernier banquet de la saint Vincent s'est tenu en 1960. Ce Maire, non issu , comme beaucoup de ses prédécesseurs du monde agricole fût les prémices de la transformation totale de Franconville de son ancienne ruralité vers la modernisme nécessaire des années 60.
Une des trois fermes de Franconville, la ferme de la côte Saint Marc où Mme et Mr Gyessens distribuaient le lait frais de la dernière traite que nous allions chercher fièrement dans la boite à lait familiale. Cette ferme était encore présente en 1968. Il n'était pas rare de trouver garer sur le parking de la supérette Nova son tracteur.
Plus haut, le Feu à l'âtre, ancienne ferme transformée en restaurant typique dans les années 60. C'était un peu la campagne à la ville, on y servait des plats roboratifs mais raffinés.
Enfin, deux entreprise, Atlas Copco, industrie de compresseurs suédoise installée depuis 1947, qui a fermée le 31 décembre 2000 et une tuilerie.
Sur le chemin de l'école
(souvenirs d'enfance des années 1950 par Aldo Salvador…)
Huit heures viennent de sonner à la pendule. Il est grand temps pour Franca et moi de partir à l'école.La propriété Boratto, où nous habitons (depuis 1947) se trouve tout en haut, sur la colline de Franconville et en lisière du Bois des Rinvals.
Accompagnez-nous dans cette descente vers la ville, c'est là que se trouve notre école
Ainsi, chemin faisant, nous vous ferons découvrir nos petits coins secrets
et vous raconterons quelques anecdotes au cours de ce long trajet que nous parcourons à pied matin, midi et soir. En plus de nos cartables bien remplis, nous emmenons comme chaque matin notre boîte à lait que nous déposons à l'épicerie des "Comptoirs français" pour la remonter pleine à midi.
Après avoir soigneusement refermé derrière nous le portail de la propriété dont la cloche tinte à chaque passage, nous voici en route pour l'école. Entraînés par la forte pente, nous dévalons la sente des Rinvals d'un pas guilleret, accompagnés par Toby le chien de la propriété, qui fidèle à son habitude nous escorte en jappant de l'autre côté de la palissade.
En bas de la sente, à l'endroit où elle croise le Chemin des Rommes et bien à l'abri d'un talus planté d'une charmille, se trouve un de nos "coins secrets". C'est là en bordure du champ de Monsieur Noisette que chaque année vers le mois de mars, ma sœur et moi avons l'habitude de cueillir les premières violettes. Mais chut ! Ne l'ébruitez pas car nous sommes les seuls à le savoir.
Monsieur Noisette est un monsieur âgé et à la retraite depuis longtemps. Il est petit et sec, avec des cheveux blancs et de petites lunettes rondes posées sur le bout de son nez. A la belle saison, il monte régulièrement de la ville cultiver son potager et soigner ses arbres fruitiers, en tirant une petite remorque attelée à un vieux vélo. C'est un monsieur aimable et courtois, mais qui ne cause pas beaucoup, sûrement trop absorbé derrière sa haie par ses travaux de jardinage.
Son nom nous amuse beaucoup et c'est avec un plaisir un peu espiègle qu'en passant on le salue poliment d'un "Bonjour Monsieur Noisette", auquel il répond toujours par un "Bonjour les enfants ! ". Quelquefois, lorsque j'étais seul et que je saluais à travers sa haie il lui arrivait de me répondre : "Bonjour ma p'tite fille", ce qui me laissait franchement interloqué…! Pourquoi donc m'avait-il pris pour une fille ? Était-ce sa vue qui était mauvaise ou la haie trop feuillue ?
Je racontais cette mésaventure à mes parents, qui amusés, m'avaient expliqué que c'était peut-être à cause de sa mauvaise vue et de la haie mais sans doute aussi à cause de ma voix fluette qui n'avait pas encore mué. J'avoue que j'étais loin à cet âge, de savoir qu'un jour ma voix allait muer…
Mais, continuons notre route en empruntant maintenant le "Chemin des Rommes et du Bois des poules" (c'est son vrai nom !) qui longe la clôture de notre voisin Monsieur Constantin et descend doucement pour s'élever ensuite en décrivant une légère courbe en lisière de forêt. En toute saison, la partie basse de ce chemin était difficile à franchir à cause d'une grande flaque d'eau qui s'obstinait à stagner à cet endroit dès qu'il avait un peu plu.
Pour contourner ce passage délicat et ne pas s'enfoncer jusqu'aux chevilles, il fallait faire preuve d'agilité et d'équilibre. Nous avions le choix entre, d'un côté nous écorcher aux ronces ou aux barbelés de la clôture et de l'autre nous piquer les mollets sur le buisson d'orties qui bordait le chemin.
Nous voici maintenant devant la maison de Monsieur Collet. Une grande maison entourée d'arbres au milieu d'un vaste terrain gagné sur la forêt. Ce monsieur âgé et discret habite apparemment seul dans cette maison qui comporte à l'étage et en haut du pignon une petite lucarne ronde (un "œil de bœuf" )
Les soirs d'hiver, quand nous revenions de l'école à la nuit, en passant à cet endroit particulièrement sombre et désert nous n'apercevions que cette lucarne, faiblement éclairée par une lumière blafarde et vacillante. Son "œil rond" semblait nous regarder et nous menacer dans la nuit noire comme un "mauvais œil" qui porterait malheur.
Cela m'inquiétait beaucoup, inquiétude amplifiée par des superstitions imaginaires comme seuls les enfants savent en inventer à cet âge pour se faire de délicieuses frayeurs. Etait-ce en repensant à des vers de Victor Hugo que j'avais lus ou entendus quelque part ? ("…l'œil était dans la tombe et regardait Caïn.") Brrr ! En tout cas, je peux vous assurer qu'en passant à cet endroit je serrais un peu plus fort la main de ma sœur et j'accélérais imperceptiblement le pas.
Fort heureusement, nous apercevions devant nous sur les hauteurs de la colline les lueurs des premières maisons de la propriété. Il nous arrivait alors souvent de lancer de grands "Hou-hou ! " sans doute pour nous donner du courage, auxquels d'ailleurs personne ne répondait, sauf…un écho lugubre et très lointain.
En tous cas, cela avait pour effet de déclencher les aboiements de tous les chiens du quartier à commencer par notre fidèle Toby, qui en se manifestant ainsi semblaient nous rassurer par leurs lointaines protections. Car, du courage, il en fallait encore, pour parcourir le chemin qui longeait la forêt dans la nuit noire, surtout quand les grands acacias chahutés par les bourrasques de vent lançaient des grincements sinistres et des craquements suspects à nous glacer le sang.
Mais, reprenons notre descente vers l'école. Nous passons maintenant devant une petite maison basse, tellement isolée au fond de son jardin tout en longueur que nous ne connaissons même pas le nom de ses occupants. La seule chose que nous savons d'eux est qu'ils ont cinq enfants. C'est pour cette simple raison que lorsque nous les citons, nous disons : "les gens de la maison des cinq enfants" ( pas très original mais…logique ! )
Juste en face et de l'autre côté du chemin voici une grande maison abandonnée depuis bien longtemps au milieu d'une propriété en friche. Pourtant, c'est une maison charmante et cossue d'au moins deux étages en belle pierre meulière et entourée de grands noyers. L'entrée depuis le chemin se fait en descendant quelques marches en ruine recouvertes de lierre et à l'ombre d'un grand tamaris qui prospère en toute liberté. Ses rameaux s'étalent au-dessus du portail en bois, coiffé d'un auvent d'ardoises, le tout dans un état de décrépitude avancée.
Cette ancienne et grande maison bourgeoise, totalement abandonnée, posée là au milieu des champs et des modestes bicoques du quartier nous a toujours intrigués.. Parfois, il nous arrive d'avoir l'audace de franchir son portail délabré pour aller ramasser quelques noix et gambader dans ce vaste espace sauvage qui dès la fin de l'été se couvre de hautes herbes sèches lui donnant un air de savane africaine.
Mais, poursuivons notre route vers l'école et quittons ce chemin qui mène droit à la "sablière" pour emprunter à gauche la Sente Jean Leblond qui descend en pente douce. Elle est bordée d'un côté par un grand verger de pruniers (des quetsches) et de l'autre par un talus herbeux envahi de ronces où nous cueillons de délicieuses mûres sauvages en automne.
Cette sente à peine carrossable, est régulièrement défoncée par les orages qui y creusent de profondes ornières malgré les brouettes le mâchefer que les cantonniers y déversent chaque année.
C'est là, dans cette sente, que l'on côtoie la maisonnette de M. et Mme Colinet, un couple tranquille et proche de la retraite, véritablement passionné de jardinage.
Chacun a sa spécialité : madame s'occupe des fleurs, monsieur des légumes. Chacun a son territoire bien précis. Elle, c'est le jardin d'agrément devant la maison, lui c'est son potager et ses fruits de l'autre côté du chemin. Pendant qu'il cultive ses légumes, sa femme soigne amoureusement ses fleurs. Selon les saisons on y voit des narcisses, des tulipes, des œillets, des iris, des giroflées et autres fleurs…D'ailleurs, elle-même porte toujours des robes à fleurs. C'est un signe…! ?
Quelques pas encore et nous arrivons à la croisée de plusieurs voies dont la belle Rue des Coteaux qui descend tout droit vers la ville. A partir de cet endroit nous arrivons en "pays civilisé", c'est à dire sur une rue carrossable et bien entretenue, éclairée avec des lampadaires électriques, et desservie par l'eau de la ville. Quel luxe pour l'époque ! La Rue des Coteaux est grande et large, avec deux trottoirs et bordée de quelques maisons construites dans de grands jardins.
La première d'entre-elles est particulièrement élégante avec son crépi blanc, sa silhouette trapue et coiffée d'un beau toit d'ardoise et de zinc surmonté d'une girouette. C'est là au calme, que M. et Mme Blanc passent paisiblement leur retraite.
Nous les apercevons quelquefois faire quelques pas sur le trottoir devant leur maison et sommes toujours frappés par leur ressemblance : la même démarche lente et précautionneuse, le même teint pâle, et les mêmes cheveux blancs. Peut-être est-ce là le mimétisme des vieux couples ? En tout cas M. et Mme Blanc portent bien leur nom !
Poursuivons toujours notre descente de la Rue des Coteaux. Après avoir dépassé sur la gauche un pré avec de très grands cerisiers, voici une petite maison basse cachée derrière un rideau de verdure et protégée par une grille en fer. C'est la maison de Madame Jean.
Cette dame qui vit apparemment seule, élève des chèvres et peut-être aussi des chiens tant ils sont nombreux à aboyer à notre passage. Elle possède également un vieux bouc aux cornes impressionnantes qu'elle "prête" quelquefois à Madame Constantin qui élève elle aussi des chèvres sur la colline près de chez nous.
Sur toute la longueur de cette rue, le trottoir, de droite qui longe la propriété de Monsieur Bersagol n'est jamais emprunté, les piétons préférant marcher sur la rue qui est beaucoup plus confortable. En toute saison, il est recouvert d'un épais tapis d'herbes folles et de mousse où poussent en abondance, primevères, violettes, coucous et fraises des bois, sûrement "échappés" des jardins voisins et qu'on peut cueillir au passage.
Un vieux néflier sauvage dont les branches débordent largement sur le trottoir nous offre chaque année ses petits fruits marron en forme de toupies. Dès les premières gelées d'automne, nous savons qu'ils blettissent et deviennent alors mangeables. Leur cueillette nous amuse et leur chair brune au goût très spécial réjouit nos papilles.
Nous voici arrivés en bas de la Rue des Coteaux. Elle débouche sur une grande place inclinée (la Place des Belles Vues) où se croisent plusieurs rues, dont la fameuse Rue Claude Bonne, que nous avions baptisée "La Côte Verte" qui plonge vers la ville comme un gigantesque toboggan sous l'ombre d'un immense cèdre (plus que centenaire) pour atterrir en bas, au pied de la statue de Rebecca, et se prolonger jusqu'à la Rue de Paris.
Encore depuis cette place, la Rue des Belles Vues, grimpe tout droit vers la colline jusqu'à la "Sablière" d'où l'on jouit d'un vaste panorama sur toute la vallée.
Toujours sur la Place des Belles Vues et accolée à un vieux mur de pierres, une antique borne-fontaine en fonte (la seule du quartier) se trouve idéalement placée, pour nous rafraîchir l'été à mi-parcours sur le chemin de l'école.
En hiver, les cantonniers la protégent du froid avec un coffre en bois garni de paille. Ainsi emmitouflée elle ne craint pas le gel mais attrape quelquefois un bon rhume à en juger les glaçons qui coulent de son nez.
Toujours sur cette place et face à cette borne-fontaine, dans une petite maison entourée d'un haut mur, habite Madame Matou. C'est une dame très âgée qui vit seule…avec ses chats qui la suivent partout en se frottant à ses jambes. Aussi, elle doit souvent s'ennuyer et éprouve le besoin de causer car on la rencontre souvent le matin, devant son portail, à l'heure où les enfants passent pour se rendre à l'école. Elle est là, en pantoufles et robe de chambre, à peine coiffée, et en profite pour échanger quelques mots avec les enfants et leurs parents.
C'est une petite grand-mère bien sympathique, mais qui suscite chez les enfants, des sentiments confus, mêlés de crainte et de méfiance car elle a une façon très curieuse de parler. Sa voix est toujours voilée, enrouée et presque inaudible comme si quelque chose de mystérieux l'empêchait de parler normalement.
Nous les enfants, ne comprenant pas pourquoi elle parlait ainsi, cela nous troublait fortement. Jusqu'au jour où quelqu'un nous a donné (très sérieusement) une explication : "Madame Matou a du mal à parler car elle a un "chat" dans la gorge ! "
Notre imagination ne faisant qu'un tour, cette explication a eu pour effet de nous terrifier davantage. On a eu bien du mal à y croire mais…qui sait ?? Et puis, tous ces chats autour d'elle…? Nos craintes sont peut-être fondées et notre intuition sans doute vérifiée ? Madame Matou est peut-être une sorcière ? ?
Mais, revenons sur terre et pressons l'allure car l'heure tourne et nous ne sommes pas encore arrivés à l'école.
Nous voici maintenant Rue Soldini, cette belle avenue située en balcon juste au-dessus de
la ville. Côté colline, se dresse une grande bâtisse à étages, la maison "des trois enfants" (même explication que pour celle "des cinq enfants")
Puis, un peu plus loin, la belle villa de Monsieur Moser qui trône fièrement tel un petit château au milieu d'une grande propriété avec escaliers et jardins en terrasses. Face à elle, voici la belle et grande "Villa Bianca", une des résidences de Monsieur Schueller (le célèbre patron de L'Oréal) bâtie dans un grand parc arboré.
J'aime emprunter le trottoir cimenté qui longe le grand mur blanc bordant la villa. Souvent, devant la belle porte en bois sculpté et sagement allongé sur la marche arrondie se tient un grand chien à poil roux (Setter irlandais), avec lequel nous avons avec le temps, noué quelques liens d'amitié. Quand il
nous aperçoit, il vient à notre rencontre en balançant nonchalamment la queue pour quémander quelques caresses ou un morceau de pain, et reprend sagement sa place devant la porte de son maître, tel un sphinx.
Quelquefois le matin, à l'heure où nous passons dans la rue pour nous rendre à l'école, le chauffeur de Monsieur Schueller sort du garage une grosse voiture devant la villa. C'est une splendide Rolls-Royce noire toujours parfaitement lustrée avec de gros phares et une imposante calandre chromée surmontée d'une statuette. En me hissant sur la pointe des pieds et en collant mon nez à la vitre, j'aime regarder à la dérobée son intérieur luxueux et surtout le tableau de bord, dont les nombreux cadrans m'impressionnent fortement.
Sur le mur de la villa qui longe le trottoir un soupirail s'ouvre au ras du sol sur les cuisines où l'on aperçoit des employés vêtus de blanc s'affairer. En passant à cet endroit le midi en remontant de l'école, les odeurs appétissantes qui s'en échappent, nous donnent l'eau à la bouche et le gros pain que nous tenons sous le bras perd une bonne partie son croûton avant d'arriver à la maison.
Nous voici maintenant arrivés sur la Rue de Cormeilles qui descend tout droit vers la ville. Maman l'a baptisée la "Côte de chez Momone" car c'est là qu'habite Simone,
une de ses meilleures amies d'enfance. Sa maison est située devant une petite place triangulaire plantée de trois hauts marronniers, tout près de la ferme de Monsieur Lignereux située sur la droite.
Dès l'automne, quand les bogues de marronniers s'ouvrent et laissent tomber leurs beaux fruits brillants, nous en remplissons nos poches à craquer comme s'il s'agissait de précieux trésors tombés du ciel. C'est incroyable ce que peuvent faire les enfants avec quelques marrons d'Inde et beaucoup d'imagination !
Des habitations de cultivateurs, il y en a plusieurs le long de cette rue. Les portes cochères se succèdent avec dans les cours, des charrues, herses, cageots de légumes et charrettes à chevaux et pour les plus modernes, des tracteurs et autres véhicules. Il y a la ferme de Monsieur Laisné avec sa grande cours pavée et sa camionnette Peugeot et celle plus ancienne de Monsieur Coffigniez avec son vieux portail de bois et sa carriole à chevaux.
Le soir on aperçoit dans sa maison, à travers des rideaux ajourés, une vieille dame affairée à nettoyer des tas de légumes sur une table à la lumière blafarde d'une petite lampe qui pend du plafond : choux de Bruxelles, poireaux, carottes navets, et autres légumes variés cultivés dans la vaste plaine agricole de l'Épine Guyon et destinés aux marchés locaux où ils seront transportés dans des cageots de bois et des paniers d'osier.
Nous voici enfin arrivés Rue de Paris, la rue principale de Franconville, où nous retrouvons notre belle fontaine de village : "La fontaine du Puits de la Barre", avec son bassin
accueillant où coule paisiblement depuis plus d'un siècle l'eau claire et fraîche de notre colline.
L'épicerie des "Comptoirs français" se trouve juste au coin de la rue. C'est là que nous déposons chaque matin notre boîte à lait (un peu cabossée avec le temps)
Une clochette au timbre aigu annonce notre entrée dès qu'on pousse la porte et soudain on se trouve enveloppés par une odeur indéfinissable, étrange mélange de charcuteries diverses, de lait frais, de légumes, de fromages, de fruits mûrs, (voire trop mûrs) le tout mêlé de relents de vinasse et de bière éventées, de lessives (Crio, Omo, Persil…) de cornichons et d'olives au vinaigre, de savon de Marseille, de café torréfié, de Javel "Lacroix" et autres effluves non identifiés…Ouf !
La Rue de Paris est l'artère principale de Franconville, mais aussi une route nationale très animée (RN 14, Paris-Pontoise…) à la fois par son trafic toujours très dense et les nombreux commerces qui la bordent. Les boutiques ou autres activités s'y côtoient, en alternance avec d'antiques portes cochères munies de chasse-roues, qui conduisent à des cours de fermes.
Les commerces y sont nombreux et variés et s'étirent sur les deux côtés de la rue: Il y a par exemple, le Café de Paris, lieu discret et convivial pour les habitués de la dive-bouteille, le coiffeur Trimoreau, l'entreprise de déménagement Desmaret et ses camions rouges, la Boucherie chevaline Ducrot et son enseigne à tête de cheval dorée, l'Épicerie Parisienne, la Bijouterie Murat (et son slogan: "Bijoux Murat, l'éclat c'est moi!")
Sans oublier le marchand de Vins "AGAP", (un parmi bien d'autres) d'où l'autre slogan contre le fléau très présent de l'alcoolisme : "Les parents boivent, les enfants trinquent !" Ensuite, une Parfumerie-herboristerie, l'épicerie réputée Félix-Potin, la Charcuterie Lacot, et sa devanture de bois, peinte de petits cochons roses et dodus avec queues en tire-bouchons, la Pharmacie Moser, la minuscule Librairie-papéterie de Madame Hue souvent bondée d'écoliers pour l'achat des fournitures scolaires à la rentrée des classes.
Enfin, la Boucherie Potier au coin du boulevard Maurice Berteaux où nous achetons notre viande du midi en précisant comme Maman nous a donné la consigne : "des bistecs bien tendres…s'il vous plait ", ce qui fait sourire les clients d'un air "attendri", et quelquefois aussi agacer un peu le boucher…
Ah ! J'allais oublier les deux boulangeries : la maison "Fourneau" et la maison "Dubois" deux noms à la fois prédestinés et bien complémentaires. Nous, c'est la boulangerie Fourneau car elle est sur notre
trajet. Des gros pains de quatre livres à la croûte bien dorée et une mie odorante qui sent bon le froment. Pain idéal pour faire des bonnes tartines de confiture au goûter, mais souvent gênant pour les chaussures…à cause des gros trous dans la mie.
L'autre raison pour laquelle je préfère cette boulangerie (lorsque j'ai un peu d'argent de poche) est son grand choix en confiseries de toutes sortes : boites et pots de verre débordants de gourmandises s'alignent bien en vue derrière la vitrine nous laissant peu de chances de résister à notre tentation : rouleaux de réglisse, Carambars, Mistrals (pas toujours gagnants ! ) Malabars, Roudoudous et boîtes de "Coco" (en fer) à sucer, Chewing-gums, et autres délicieuses friandises… La boutique est souvent bondée d'écoliers un peu comme celle de Madame Hue mais pas aux mêmes périodes ni pour les mêmes raisons…
Après avoir longé quelques instants cette route bruyante et encombrée, aux trottoirs mal pavés et aux caniveaux nauséabonds, nous empruntons maintenant sur notre gauche le Boulevard Maurice Berteaux. Ce grand boulevard, large, moderne et très chic, conduit tout droit à la gare située à environ un kilomètre. Les Franconvillois, en sont très fiers car c'est un peu leur "Avenue des Champs Elysées".
Eh bien ! Profitons de nos Champs Elysées pour les emprunter jusqu'à la Place de la Poste, plantée de plusieurs vieux platanes. Quel âge peuvent-ils bien avoir ? Peut-être un siècle, difficile à dire ? En tous cas, chaque année à l'automne ils font le bonheur des enfants et le malheur des cantonniers. Leurs myriades de feuilles qui tombent au sol forment un épais tapis aux couleurs chatoyantes qui ravissent les écoliers et offrent aux instituteurs…un sujet tout trouvé pour les premières leçons de dessin.
Qui sait combien d'enfants, avec un plaisir toujours renouvelé se sont amusés à ramasser ces feuilles à pleines poignées sans jamais se lasser, tant elles sont belles et toutes différentes ? Combien de petites mains maladroites et hésitantes se sont exercées à en dessiner les contours ? Combien de générations d'enfants ont tiré leurs petites langues pour les colorier avec application ?
Lequel d'entre-nous n'a jamais retrouvé dans un coin de grenier un de ces petits chefs-d'œuvre d'artistes en herbe…?
Voilà, après un bon kilomètre de marche, nous sommes enfin devant notre école ou plutôt nos écoles car l'imposante construction qui se dresse devant nous est divisée en deux parties : L'École de filles d'un côté et l'École de garçons de l'autre. Deux grands bâtiments séparés par un porche monumental au fronton duquel est inscrit en grosses lettres: "Groupe Ferdinand BUISSON". Après avoir franchi ce porche, une voie étroite bordée de grilles sépare les deux cours d'écoles et donne accès dans un grand parc arboré à " l'ancienne Mairie" et au "Dispensaire" où les classes d'écoliers se rendent pour les visites médicales et vaccinations diverses.
Il est bientôt huit heures et demie et c'est à cet endroit que Franca et moi devons nous séparer pour rejoindre nos camarades dans nos cours respectives.
Le temps d'attendre le signal de la cloche pour nous mettre en rang par deux et rejoindre nos classes, en ordre et en silence.
À midi, nous remonterons chez nous, sans oublier de prendre au passage notre boite à lait bien remplie, notre pain de quatre livres sous le bras et nos "bistecs" bien tendres".
ALDO SALVADOR
Octobre 2018





























